Le débat lancé par le président français Emmanuel Macron sur la démocratie à l’épreuve des réseaux sociaux et des algorithmes a trouvé un écho dans des services locaux tels que la plateforme de création littéraire et journalistique Panodyssey, dont le PDG, Alexandre Leforestier, a défendu un autre Internet possible, avec « la réappropriation démocratique de l’espace numérique ».
Fin 2025, Macron a demandé « la transparence des algorithmes » des réseaux sociaux, car beaucoup d’entre eux sont impliqués dans des « combats politiques », et a donné comme exemple d’« ingérence » une publication Facebook vue des millions de fois qui parlait d’un coup d’État en France.
« Je suis favorable à un débat libre et ouvert, mais ces gens-là [les réseaux sociaux] se moquent de nous, ils se foutent de la sérénité des débats publics, ils se moquent de la souveraineté des démocraties et donc ils nous mettent en danger », a averti Emmanuel Macron depuis Marseille.
La démocratie dans les « espaces numériques d’échange »
Dans un entretien accordé à EFE, Alexandre Leforestier a rappelé que la France dispose d’une longue tradition « d’espaces numériques d’échange », avec notamment le Minitel (des terminaux connectés permettant d’accéder à des forums et à d’autres services, qui ont connu un grand succès en France dans les annnées 1980/90), et il a apporté son soutien au débat lancé par le président français.
Il a rappelé que, lors d’une intervention publique à la Commission européenne en 2019, il appelait déjà à une réconciliation entre éthique et technologie afin de créer un écosystème numérique local alternatif aux grandes puissances technologiques.
Selon lui, le débat public est aujourd’hui « confisqué par des infrastructures privées américaines et chinoises dont le modèle repose sur la colère, la simplification extrême et la mise en concurrence permanente des opinions », et qui optimisent les échanges pour favoriser la polarisation, la désinformation et la violence : « C’est leur modèle économique ».
Dans ce contexte, il a mis en avant certaines caractéristiques de Panodyssey par rapport aux autres réseaux sociaux, telles que la défense des droits d’auteur « à l’ère de l’intelligence artificielle », la lutte contre la désinformation, les faux contenus ou le cyberharcèlement, ainsi que la transparence technologique et algorithmique. Le tout s’inscrit dans l’un des objectifs majeurs de ce réseau social paneuropéen : « le retour du désir de lire, d’écrire et de créer sur les écrans ».
« La réappropriation démocratique de l’espace numérique »
« Dans un monde où la parole publique est devenue un champ de bataille algorithmique, Panodyssey ne promet pas la viralité. Il propose mieux : la réappropriation démocratique de l’espace numérique », a-t-il souligné.
Il estime que les solutions de lecture et d’écriture en format long de ce réseau social — qui collabore avec EFE pour la diffusion de ce contenu — comptent aujourd’hui 500 000 lecteurs « et sont conçues pour atteindre 500 millions d’utilisateurs européens d’ici 2030 », afin de démontrer qu’« un autre internet », fondé sur le respect des droits d’auteur, la diversité linguistique, la responsabilité individuelle et la transparence technologique, « est possible ».
Comme Panodyssey ne propose pas de publicité personnalisée par des algorithmes pour chaque utilisateur, « il n’y a aucune incitation technique à promouvoir les contenus les plus violents ou les plus simples », et ainsi,« l’architecture même de la plateforme élimine les conflits ».
De plus, comme les textes sont signés par leurs auteurs (même s’il s’agit d’un pseudonyme, il existe un certificat d’authenticité), le harcèlement, les comportements toxiques et la désinformation sont réduits, sans qu’il soit nécessaire de recourir à une modération « agressive ou opaque ».
Publier sur des réseaux sociaux étrangers
Enfin, Alexandre Leforestier a critiqué ceux qui se proclament « défenseurs de la République, de la culture française ou de la souveraineté numérique », mais qui « passent leurs journées » à publier sur des réseaux sociaux étrangers : « Ils livrent volontairement la parole publique française, les données des citoyens et la visibilité de nos créateurs à des entreprises extra-européennes qui ne respectent ni nos valeurs, ni nos lois, ni nos intérêts stratégiques ».
« On ne peut prétendre défendre la liberté d’expression en France et en même temps abandonner les infrastructures du débat démocratique à des puissances étrangères », a-t-il ajouté. « La souveraineté culturelle et démocratique commence par le choix des outils que nous utilisons ». EFE